Savon de Marseille : comment reconnaître le vrai du faux ?

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Un cube vert ou blanc estampillé « savon de Marseille » ne garantit rien du tout. Aucune loi ne protège ce nom, et le rayon des grandes surfaces en profite largement. Voici comment démêler le vrai du faux, en quatre questions concrètes.

« Savon de Marseille » est-il un nom protégé par la loi ?

Non, et c’est le premier point à comprendre. Contrairement à un fromage AOP ou à une eau-de-vie AOC, « savon de Marseille » n’est pas une appellation protégée : n’importe quel fabricant, en France ou à l’étranger, peut l’apposer sur un emballage sans respecter ni la composition ni le lieu de fabrication historiques. L’INPI le rappelle régulièrement, et la DGCCRF a déjà sanctionné des marques pour tromperie sur ce point précis. Le nom seul ne prouve donc rien.

Qu’est-ce qui distingue vraiment sa fabrication ?

Le vrai savon de Marseille se reconnaît à sa méthode, pas à son étiquette. Les savonneries qui perpétuent le geste historique cuisent la pâte dans de grands chaudrons, selon ce qu’on appelle le procédé marseillais : une cuisson lente, en plusieurs phases, avec rinçages successifs à l’eau salée pour purifier la pâte. Ce procédé exige du temps et un tour de main que la saponification industrielle à froid ne cherche pas à reproduire.

  • Le vert doit sa couleur à l’huile d’olive, seule ou majoritaire.
  • Le blanc est traditionnellement composé d’huile de coprah ou de palme, sans colorant ajouté.
  • Dans les deux cas, la règle des 72 % d’huile végétale reste la référence historique du métier.

Un savon qui mousse abondamment et sent fort en boutique n’est pas nécessairement le plus authentique : le vrai savon de Marseille, saponifié à chaud, a un parfum neutre et une mousse discrète.

Comment repérer un savon fabriqué par une vraie savonnerie marseillaise ?

Cherchez l’estampille gravée dans le cube : elle indique le nom de la savonnerie et, souvent, le taux d’huile végétale. Plusieurs ateliers font encore ce travail à l’ancienne, comme Le Sérail ou la savonnerie du Fer à Cheval à Marseille, ou Marius Fabre à Salon-de-Provence. Ces maisons, réunies avec d’autres au sein de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille, défendent un cahier des charges volontaire faute de protection légale du nom. C’est aujourd’hui le repère le plus fiable pour l’acheteur.

Et le savon d’Alep, comment se reconnaît-il ?

Le savon d’Alep suit une logique proche mais une recette différente : une base d’huile d’olive enrichie d’huile de baie de laurier, dont le pourcentage varie selon les savonneries. Sa particularité tient surtout au séchage, qui dure plusieurs mois à l’air libre, en piles, dans des entrepôts ventilés. C’est ce temps long qui adoucit le savon et fait virer sa surface au brun doré, sans rien retirer à son cœur resté vert olive.

Quels indices doivent alerter au moment d’acheter ?

Quelques signes suffisent à repérer une imitation, en boutique comme dans un supermarché :

  1. La mention « huile de palme » associée à des additifs ou conservateurs non précisés.
  2. Aucune estampille lisible, ni de nom de savonnerie identifiable.
  3. Un parfum ajouté (lavande, rose) sur un savon présenté comme traditionnel : les vrais cubes marseillais et alépins sont naturellement peu odorants.
  4. Un prix anormalement bas pour un gros cube : la cuisson au chaudron et le long séchage ont un coût que l’industrie ne peut pas comprimer indéfiniment.

Un savon bien choisi rejoint une salle de bain pensée dans son ensemble : sur ce terrain, la matière compte autant que la forme du flacon posé à côté. C’est tout l’objet de notre rubrique Artistes & Savoir-faire, où l’on suit d’autres ateliers qui travaillent encore à la main. Pour l’entretien du reste de la maison, direction notre rubrique Famille & Vie pratique.


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